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Il est aussi l’auteur du livre « Mon directeur marketing sera un algorithme », il était donc logique de le recevoir dans How I met your algo.

 

Pionnier dans l’intelligence artificielle liée au marketing relationnel, Stéphane Amarsy nous partage sa vision de la collaboration entre les algorithmes et les humains, tout en soulignant l’éthique et les enjeux sociétaux que cela implique.

 

Bonne écoute !

 

Podcast #02 avec Stéphane Amarsy dédié au marketing relationnel et à l’intelligence artificielle

Retranscription de l’interview

 

Aujourd’hui, j’ai l’honneur de recevoir Stéphane Amarsy, CEO et fondateur de D-AIM (Bonjour), tout d’abord, comment va ton algo ?

En pleine forme aujourd’hui !

 

Est-ce que tu peux nous présenter D-AIM et ton activité ?

Je suis le CEO de D-AIM. D-AIM, c’est une société qui conçoit des logiciels bourrés d’intelligence artificielle qui vont permettre de faire de l’individuation marketing. L’individuation marketing c’est bien plus que de l’hyper-personnalisation, dans la mesure où il s’agit de rencontrer la singularité de chacun des consommateurs et d’interagir en tant que tel.

 

Est-ce que tu te souviens de ta première rencontre avec un algorithme ?

Oui, alors ça fait longtemps, j’avais 12 ans, j’avais programmé un jeu vidéo. L’objectif était de tuer des araignées qui descendaient sur l’écran. Je l’avais fabriqué moi-même, c’était mon premier algo.

 

Et aujourd’hui chez D-AIM, quel usage faites-vous des algorithmes ?

Notre idée, c’est que à partir de toutes les data qu’on laisse en tant que consommateur, alors évidemment en tant que consommateur on a accepté de laisser ces data et de les utiliser, d’identifier qui on est à titre personnel, quels sont nos besoins, quels sont nos rythmes de consommation, et ainsi pouvoir approcher cette singularité.

 

Et en quoi ces algorithmes vont changer le quotidien des équipes marketing ? Cela va-t-il changer la manière de travailler ?

Oui complétement, puisque si je parle de singularité, je parle de la notion d’individu. Donc, ça veut dire que le marketing tel qu’il est pratiqué aujourd’hui va disparaitre. Demain le marketeur ne prendra pas de décision, ce sont les algorithmes qui vont prendre ces décisions, de façon individuelle. Un exemple simple, vous avez 1 million de clients, aujourd’hui un marketeur va faire 3 ou 4 campagnes, avec 4 ou 5 canaux différents et une centaine de possibilités opérationnelles, on arrive à 500 millions de possibilités, aucun humain n’est capable de traiter ça.

 

Et pour les clients et les consommateurs, quel sera l’impact ? Est-ce que ça va changer quelque chose ?

Oui complétement, à partir du moment où vous acceptez qu’on utilise vos données à des fins marketing ou commerciales, l’expérience va changer. Est-ce que vous préférez recevoir un email comme tout le monde ou un email personnalisé avec des sujets qui vous intéressent ? Très clairement la deuxième possibilité, donc ça change. Le rythme aussi est essentiel. Lorsque vous recevez un message, si c’est dans une problématique de moment où on est plus enclin à aimer ce centre d’intérêt, ce n’est que mieux, l’expérience n’est que plus riche. Cette approche d’individuation marketing rend l’expérience client beaucoup plus riche, tant du point de vue de l’entreprise que du point de vue du consommateur. D’où ce terme d’individuation qui est important, car ce n’est pas une dimension unilatérale, c’est vraiment une dimension entre 2 entités qui sont l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine.

Pour rester sur les clients et les consommateurs, pourquoi l’engagement client est de plus en plus important pour le business et pour le marketing en général ?

Et bien tout simplement parce que le marché de consommation d’une personne est quasiment infini. Précédemment, il était très local, c’était autour d’un certains nombres de kilomètres de déplacement, aujourd’hui il est partout. Comme il est partout, c’est très compliqué pour un consommateur de s’y retrouver. Ainsi, le travail du produit est un fait, mais le produit de la marque et de la relation client en est un autre. C’est très important de travailler sur la marque et la relation client pour pouvoir être différemment perçu que juste faire une bataille de prix. Et dans ce sens-là, l’engagement est la clé.

 

Est-ce que tu aurais en tête une success story d’un algorithme qui aurait révolutionné un service ou une expérience client ?

Alors, je vais parler d’algorithmes qui ont révolutionné la façon dont on consomme du contenu culturel, par exemple la musique. Les moteurs de recommandation de Spotify Deezer ou Apple music ont révolutionné la façon dont on écoute de la musique, puisque très souvent, et une grande partie d’entre nous, faisons confiance aux moteurs de recommandation. On laisse faire les playlists tout simplement parce qu’on est pommé devant ces millions de choix. On délègue aux algorithmes le choix du contenu. Ça c’est quelque chose qu’on retrouve partout dans notre vie. Par exemple, les problématiques de déplacement avec les outils de carte routière qui aujourd’hui vont faire nos itinéraires. On accepte de déléguer des choses qui sont très personnelles, qui sont nos propres choix, nos propres envies, à un algorithme pour une expérience qui sera plus facile.

 

Est-ce qu’il existe une limite à l’utilisation des algorithmes et de l’intelligence artificielle ?

Oui, il y en a, j’en citerai 2. La première limite, c’est la dimension convergente de tous ces outils. Quand je dis convergente, c’est qu’ils ont un objectif donné, donc les algorithmes vont tout faire pour que cet objectif se réalise, et donc de fait, ils interdisent de nouvelles choses. Voici une première limite, mais on peut la traiter, et c’est ce qu’on fait dans nos outils. On va fabriquer volontairement ce que je vais appeler de la divergence, ou de la sérendipité programmée, ou des coïncidences, peu importe les termes, mais l’idée c’est de faire en sorte qu’on « se trompe » de façon à provoquer de nouveaux besoins, de nouveaux modèles de comportement, de nouveaux modèles de consommation, parce que la complexité humaine elle est bien plus importante donc si on interdit de façon inconsciente certains actes, obligatoirement lorsque le consommateur aura envie de faire ces actes, il ira ailleurs, car il aura jamais identifié que c’était possible de le faire là. Donc ça c’est une première limite, l’autre limite c’est la dimension éthique de l’usage de l’intelligence artificielle.

 

Concernant cette question d’éthique justement, est-ce que tu penses que les machines et les hommes sont fait pour s’entendre ou ils sont faits pour se concurrencer ?

J’ai une vision optimiste du futur. Je vais garder cette image de collaboration, elle me semble indispensable, vertueuse, libératrice même pour les humains. J’ai toujours tendance à dire que d’adopter l’intelligence artificielle c’est nous rendre plus humain, tout simplement parce qu’on se débarrasse de tout un tas de tâches qui sont sans réel valeur ajoutée, qui sont répétitives. Ainsi on peut se concentrer sur des choses plus créatives : sur la communication, sur l’expérience client. Je parle du marketing mais c’est valable aussi pour nous à titre privé, en tant qu’individu, sans parler de la médicine et de tout ce qu’on peut imaginer. Par contre ça peut aussi être dangereux, à savoir un danger incroyable pour notre civilisation, tout simplement, parce qu’il y a une dimension de manipulation, d’orientation, liberticide qui est sous-jacente, et qu’on ne regarde pas assez. On n’informe pas assez la société pour que tout le monde en ait conscience.

 

Merci beaucoup Stéphane, pour finir est-ce que tu aurais une petite citation ?

Oui ma citation préférée, elle vient de Matrix : « N’envoyez jamais un humain faire le travail des machines »

 

 

 

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