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Hippolyte Courty est le fondateur de L’Arbre à Café, seul producteur et torréfacteur de café neutre en carbone. Il nous donne une vision différente de l’usage de l’intelligence artificielle. Chez L’Arbre à Café, les algorithmes ont aussi un rôle à jouer !

 

Bonne écoute !

 

Podcast #05 avec Hippolyte Courty dédié au marketing relationnel et à l’intelligence artificielle

Retranscription de l’interview :

Aujourd’hui j’ai l’honneur de recevoir Hippolyte Courty, fondateur de l’Arbre à Café, tout d’abord, comment va ton algo ?

Mon algo se porte à merveille, il est naissant, bien portant, plein d’énergie comme celui qui sait que son chemin à venir et long, beau, merveilleux et balance entre l’humilité juste et l’ambition.

 

Peux-tu nous présenter L’Arbre à Café et ton activité ?

Oui avec grand plaisir, L’Arbre à Café c’est quoi ? C’est le pionnier du café premium en France, le seul torréfacteur et producteur qui soit neutre en carbone. On propose aux amateurs un café qui soit enfin gourmand, riche en arômes et long en bouche. Comment on fait tout ça ? Tout simplement en plaçant au même niveau d’exigence la qualité gustative, cette gourmandise, cette richesse aromatique avec la qualité environnementale : on est seul neutre en carbone, on est pionnier en biodynamie, on est évidemment bio etc. À cela s’ajoute la qualité sociale, puisqu’on est des grands artisans de direct producteur, on achemine directement le café du producteur. Donc L’Arbre à Café, c’est quoi ? C’est un café à forte valeur dans tous les sens du terme.

 

Tu te souviens de ta première rencontre avec un algorithme ?

Alors ce qui est intéressant avec les algorithmes, c’est qu’on ne se souvient pas forcément de la première fois qu’on les rencontre. La première fois qu’on les rencontre, c’est un peu comme l’effet de l’incipit d’Aurélien, le magnifique roman d’Aragon, qui commence son roman par « La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. » Donc c’est un petit peu pour certains un épouvantail, quelque chose qui nous accompagne au quotidien et qu’on ne voit pas forcément la première fois. De mon côté, ce qui m’a fait comprendre les algorithmes, c’est un ouvrage de Goethe qui s’appelle « La Métamorphose des plantes ». C’est un ouvrage vraiment fondateur dans toutes les agricultures régénératrices avec lesquelles on travaille beaucoup comme la biodynamie, le bio, l’agroécologie etc. Qu’est-ce qu’il a fait Goethe dans le milieu agricole ? Il a révolutionné l’observation des plantes. Il a montré que les plantes, par variétés, par familles, obéissaient aux mêmes lois : qu’est-ce qu’une fougère ? Pourquoi une fougère ? Pourquoi un noisetier pousse toujours de la même façon, obéit et reproduit toujours les mêmes séries, les mêmes étapes, les mêmes procédures ? Goethe l’a fait, non pas dans une optique de reproduction de ces process, mais bien dans une optique d’observation et de compréhension de l’être de chacune de ses plantes et de ses individualités. Personnellement, ça m’a fait comprendre l’essence de l’algorithme en disant que cela part d’une compréhension qui est liée à l’observation, et puis avec une volonté et une ambition de reproduire ce que la nature fait naturellement. Évidemment, pour des naturalistes comme je suis, dans la nature, ça ne peut pas être une machine qui le fait, mais pour certains comportements, on a un intérêt et une ambition qui peut être réalisée.

 

 

Quel usage faites-vous des algorithmes chez L’Arbre à Café ?

On en fait un usage quotidien à plusieurs états, à savoir la torréfaction par exemple. On est confronté à des phénomènes très complexes. La torréfaction, on ne sait généralement pas très bien ce que c’est. Il y a une grande révolution, on est comme des pâtissiers qui cuisinent à la seconde près et au degré près. On est dans une logique de reproduction, il se passe plein de choses, et donc effectivement des torréfacteurs aujourd’hui qui, comme des airbus, comme plein de machines, fonctionnent avec des algorithmes. C’est vraiment une utilisation quotidienne. Ensuite, les algorithmes vont nous servir également dans notre démarche marketing dans un accompagnement assez intéressant qui est naissant chez nous, et qu’on regarde avec une grande attention.

 

En quoi ces algorithmes vont changer le quotidien des équipes marketing ? Et que cela va changer leur manière de travailler ?

Alors est-ce que cela va changer la manière de travailler des équipes marketing ? Les équipes marketing sont, en quelque sorte, habitées par ces algorithmes parce qu’elles apprécient cette notion de mouvement des algorithmes. Cela a été transmis par les arabes qui sont très présents dans le monde du café. On a une grande proximité avec eux. Ce qui nous sert le plus et ce qui nous semble le plus pertinent, c’est qu’on parle du gout à L’Arbre à Café. L’Arbre à Café, c’est le gout de l’origine. Le gout c’est la question la plus difficile qui soit. Pourquoi ? Parce qu’elle pose la question aux consommateurs « qui a bon gout ? », « ai-je bon gout ? », et « qu’est-ce qui fait que, lorsque je m’adresse à des experts, je puisse parler de mon gout et partager mon gout ? ». Ça, c’est notre expérience quotidienne. Tu bois du café tous les jours, mais as-tu vraiment prêté attention à ton café ? Peux-tu parler de ton café au-delà de dire qu’il est bon ? Là est toute la question, par exemple je vois la peinture de ton plafond, tu fréquentes cette peinture tous les jours mais, es-tu capable de qualifier cette peinture et d’en parler ? On a cette question de qualification qui est un rapport au produit en lui-même. Par exemple, c’est plus facile de qualifier une baguette « j’aime la baguette croustillante, j’aime la baguette pas cuite »… Et pour d’autres produits, c’est plus trouble. Dans le café, on va pouvoir accompagner le consommateur, l’amateur, la personne qui vient nous voir, comme s’il venait en boutique pour faire émerger ses gouts, et ses qualificatifs de son propre gout.

 

Justement, pour les clients et les consommateurs, qu’est-ce que les algorithmes et l’intelligence artificielle vont changer ?

Ce qui va changer, c’est que ça va effectivement l’accompagner dans sa connaissance de ses propres gouts et dans son achat. Les algorithmes vont l’aider à révéler ce qu’il aime, pourquoi il aime et à quelle famille cela correspond. Cela va permettre aussi de mettre en lumière ses rythmes et ses évolutions probables de gout.

 

Concernant les clients justement, pourquoi l’engagement client est de plus en plus important dans le marketing et le business en général ?

Pourquoi ? Parce que dans les algorithmes, on parle souvent d’individuation du marketing, nous on parle aussi de personnalisation car on est dans le premium et qu’on s’adresse aux cœurs des gens. Le café c’est quelque chose qu’on ingère, c’est quelque chose qu’on partage, et donc qui est intimement lié à une sociabilité et à une façon d’être par rapport au monde. Donc, quand on choisit L’Arbre à Café, on est rassuré sur toutes les valeurs, les valeurs environnementales, les valeurs gustatives et les valeurs sociales. Ainsi, sur tout ce qui est éthique et rationnel. La dernière étape c’est de pouvoir choisir un café dans cette gamme. On tombe dans l’intangible, on tombe dans une finesse que celui qui vient et qui hésite dans son choix doit pouvoir révéler. Et donc soit il va parler de couleur, de musique etc. mais les algorithmes vont pouvoir justement accompagner, affiner et aider dans ce choix-là.

 

As-tu en tête une success story d’un algorithme qui a révolutionné un service ou une expérience client ?

Il y en a beaucoup ! Beaucoup d’algorithmes ont révolutionné mon usage d’un produit, comme par exemple la musique avec Deezer et Spotify. J’ai une certaine fascination, on se dit alors « je trouve ça génial, on va avoir plein de choses, et on va arrêter de nous imposer les choses. ». Par exemple, de mon côté, j’écoute très peu la radio car je suis assez sensible à ce que je n’aime pas. Donc il y a une véritable révolution en se disant : « c’est absolument fantastique ». Le seul souci, la seule limite c’est que ces plateformes ne peuvent proposer que ce qu’elles ont. En fonction du profil que l’on a, on pourrait être un petit peu déçu parce qu’on est plus éclectique que le catalogue de la plateforme car on a un profil qui est trop atypique. Notre challenge chez L’Arbre à Café, c’est que par définition, on a des clients qui sont atypiques. On a des clients qui sont hors normes parce qu’ils aiment ce qui n’est pas encore dans la norme, et ce qui commence et qui sera la norme de demain. Donc on a cet enjeu.

 

Concernant les limites justement, est-ce qu’il y a une limite à l’utilisation de l’intelligence artificielle ?

La limite de l’intelligence artificielle la plus connue, c’est l’effet tunnel. Nous, on œuvre justement pour faire découvrir la diversité du monde, des gouts et des variétés, et avoir une ouverture maximale. Ainsi, on attend d’un algorithme, et de tout aide mathématique, algébrique ou autre, qu’elle favorise cette diversité et cette découverte.

 

Est-ce qu’on pourrait dire que les machines et les Hommes sont faits pour s’entendre ?

Les machines et les Hommes, ça me rappelle toujours le dualisme typiquement occidental, binaire et informatique, ainsi que l’opposition entre nature et culture. Les machines appartiennent à la culture, la culture c’est une création humaine, et la bonne nouvelle c’est que l’Homme n’est pas à l’extérieur de la nature, mais en fait bien parti. Le tout c’est de savoir si effectivement on peut retrouver le « tout » dans l’un et donc la nature dans les machines. On sait très bien que la machine est une création humaine, et donc ce n’est pas une question qu’on se pose. Les machines et les algorithmes sont ce qu’on en fait.

 

Est-ce que tu aurais une citation pour finir ?

Oui, il y a quelqu’un que j’aime bien, Paul Erdos, qui est un mathématicien connu, reconnu, adulé, détesté, en tout cas prolifique excentrique qui correspond bien à l’état du café. C’est à dire quelqu’un de riche, tonique et en mouvement et d’une sociabilité et d’une activité extrême. Sa citation, et c’est Cédric Villani qui me l’avait confié, définit le mathématicien : « un mathématicien est une machine pour transformer le café en théorème. » Cela veut dire que l’algorithme a peut-être besoin d’autant de café que le café a besoin de l’algorithme.

 

 

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