Bountysource est une plateforme de financement pour les logiciels open-source. Les utilisateurs peuvent améliorer les projets open-source qu’ils aiment en créant/collectant des bounties et en s’engageant dans des collectes de fonds.

 

Dans cet épisode, Nicolas Le Hérissier vous explique le concept de sa plateforme Bountysource, et aussi l’étroite collaboration et le juste équilibre qu’il faut réussir à trouver entre les algorithmes et les humains

 

Bonne écoute !

 

 

Podcast #13 avec Nicolas Le Hérissier dédié au marketing relationnel et à l’intelligence artificielle

Retranscription de l’interview

Aujourd’hui j’ai le plaisir de recevoir dans How I met your Algo Nicolas Le Hérissier, directeur général de Bountysource, tout d’abord première question comment va ton algo ?

Il va très bien, il est en pleine forme, il a reçu une petite injection pour qu’il soit protégé du virus parce qu’en ce moment faut faire attention à ce genre de chose. Il est rentré en très grande forme pour reprendre une belle activité !

 

Peux-tu nous présenter Bountysource et ton activité ?

Bountysource est une filiale du Blockchain Group qui l’a rejoint il y a près d’un an. C’est quasiment son anniversaire ! C’est une plateforme d’intermédiation très originale qui rassemble plus de 80 000 développeurs open-source, basée sur un modèle économique innovant : au lieu d’acheter une prestation, on achète directement un produit digital. Dit comme ça, cela paraît un peu étrange mais je vais l’expliquer un peu. Imaginons par exemple que vous ayez besoin de quelques lignes de codes, de développer quelque chose d’un peu plus complexe, de résoudre un bug ou un problème de cyber sécurité, vous allez vous adresser à la communauté et dire « je travaille sur tel environnement, tel code, j’ouvre mon code et j’ai ce problème à résoudre, proposez-moi quelque chose », ainsi, dans la communauté, donc composée de 80 000 développeurs dans le monde entier, va s’essayer au truc et va proposer des solutions. Enfin, le client final, sans même que nous interagissions, va décider quelle est la meilleure solution. Et donc il va accorder le Bounty au développeur (au bounty hunter) victorieux.

 

Tu te souviens de ta première rencontre avec un algorithme ?

Je ne m’en rappelle pas et justement c’est très bien ! Je m’explique. Selon moi, un algorithme doit être quelque chose qu’on ne ressent pas. Pour que cela apporte de la valeur au client ou à l’utilisateur, et sans que cela soit irritant, il faut justement qu’il se fasse le plus petit et le plus discret possible. C’est pour ça que je pense avoir rencontré un paquet d’algorithmes et les meilleurs justement, je ne les vois pas venir, mais il m’apporte beaucoup de valeur.

 

Par rapport aux algorithmes, quel usage faites-vous des algos aujourd’hui chez Bountysource ?

Les usages sont extrêmement variés parce que dans le groupe on a des sociétés diverses avec une forte valeur ajoutée sur la blockchain notamment la partie Blockchain Xdev avec les différentes sociétés comme IORGA, Trimane, Itaque et Bountysource. Chacune des filiales apportent et utilisent des algos de façon différente et parfois conjointement. Mais le but surtout c’est d’essayer d’apporter la valeur la plus importante à nos différents clients.

 

En quoi ces algorithmes changent le quotidien des équipes marketing ? Est-ce que cela change la manière de travailler ?

C’est pour moi une révolution. Je me rappelle notamment quand j’étais directeur marketing et digital : le quotidien des marketeurs a été révolutionné en quelques années. On est passé d’un quotidien One to many, rouleau compresseur, très automatisé et parfois très routinier, à quelque chose de beaucoup plus personnalisé, beaucoup plus puissant et mais aussi qui requiert une forte remise en question, une grosse remise à niveau et beaucoup d’intelligence de la part des personnes qui l’utilisent. Le plus important ce n’est pas l’algorithme en lui-même, le plus important c’est comment est-ce qu’on arrive à déceler la valeur qu’on va apporter au client final et donc comment l’utilisateur va l’utiliser. C’est pour ça que derrière l’algorithme, le plus important ce sont les utilisateurs. Il faut arriver à avoir à la fois les compétences techniques mais aussi les compétences business. C’est vraiment un duo très important pour qu’on arrive à détecter comment l’intelligence artificielle va apporter aux différents utilisateurs une vraie valeur ajoutée, et non pas juste faire une prouesse technique.

 

Pour les clients et les consommateurs justement, qu’est-ce que cela va changer ?

Ce que cela change déjà, c’est que ça fait gagner beaucoup de temps. Je pense que si dans le quotidien on vous enlève les algorithmes qui sont derrière toutes les applications que vous utilisez vous allez très vite vous en rendre compte. Plus les algorithmes sont puissants, discrets et invisibles, mieux c’est. Cependant, si on vous les enlève, vous allez vous rendre compte qu’au quotidien, dans toutes vos recherches d’information, de contacts, d’interlocuteurs, le contenu qui va vous arriver va devenir extrêmement fade, généraliste et pas du tout appliqué à ce que vous êtes et à ce que vous recherchez. C’est la grande valeur ajoutée pour le consommateur. Si je prends un exemple très concret, c’est par exemple l’utilisation des moteurs de recommandations dans le e-commerce. C’est d’arrêter d’essayer de vous refourguer ce qu’on veut, une offre qui ne vous est pas adaptée, mais quelque chose qui est lié à tout ce qu’on apprend de vous, à votre navigation, à vos demandes, à vos interrogations. Plus on va « vivre » avec vous, plus ces algorithmes vont être capable de vous apporter de la valeur.

 

Pourquoi l’engagement client est de plus en plus important aujourd’hui dans le business en général ?

Parce que considérer le client aujourd’hui uniquement comme une ligne comptable, c’est une grosse erreur. Par expérience, et pour l’avoir déjà pratiqué depuis plus de 10 ans, les logiques de pleine innovation et de cocréation sont extrêmement puissantes. Si on veut véritablement faire du client un partenaire dans le développement de l’entreprise mais aussi un ambassadeur de l’entreprise, il faut être capable de déceler quels sont ses besoins. Par ailleurs, la logique des algorithmes et de l’intelligence artificielle doit être complétée aussi par une logique humaine. Tout ce qu’on va apprendre, tous les outils qu’on va utiliser justement pour identifier les usages, les besoins et les attentes des clients, vont permettre de créer les meilleurs services d’aujourd’hui et de demain. Ces services et ces produits également peuvent être à la fois des services dématérialisés, mais également des produits qu’on va retrouver sur des étagères par exemple de la distribution. C’est, je pense, extrêmement puissant.

 

As-tu en tête une success Story d’un algorithme qui a révolutionné un service ou une expérience client ?

J’ai participé dans mon passé de marketeur à la mise en place d’une segmentation, d’un CRM et d’algorithmes de recommandation qui ont permis de sortir d’une segmentation, d’un marketing, d’une offre commerciale très stéréotypée, et qui ont permis par rapport à des comportements d’achat notamment sur le cadre e-commerce alimentaire, en recoupant différents types d’achats synchronisés et certaines évolutions, on se rend compte que derrière, cela a amené des nouveaux comportements. Je donne un cas concret parce qu’avant même que je le pratique, je l’avais découvert en benchmarkant de mémoire Ocado, le e-commerçant alimentaire, la très belle success Story britannique. Je me rappelle avoir découvert que l’usage chez les ménagères de moins de 50 ans d’une qualité de farine supérieure et l’achat de certains équipements permettait d’identifier qui avait un désir, une volonté, une envie de monter en compétences en cuisine. Derrière, c’est tout un type de comportements et donc d’attentes qui changeait. Il ne fallait pas se dire uniquement « OK Madame X préfère la farine supérieure, et si en même temps elle aime d’autres types d’achats, cela veut dire que derrière il y a une envie de passer à autre chose au niveau de l’alimentaire, de cuisiner soi-même des choses qu’elle n’avait jamais faites », et donc pour le e-commerçant c’est hyper intéressant. Au lieu d’essayer plus ou moins habillement de lui pousser 1 ou 2 produits, on va lui ouvrir un univers, on va aussi être capable de lui apporter un contenu, de travailler plus sur son comportement et son Life style qu’uniquement « je te pousse une boîte ». Cela change complètement la relation client entre le commerçant et le client final.

 

Existe-t-il des limites à cette utilisation ?

La limite c’est déjà le respect de la vie privée. Derrière le e-commerce il y a toujours une notion de confiance. On établit des relations commerciales et on les prolonge dans le temps parce qu’on a confiance en le commerçant. C’est d’autant plus important, que ce soit sur la partie service ou produit, qu’on est sur des achats véritablement impliquants. Quelque part on se dit « on travaille ensemble mais c’est parce que je sais que dans tout ce qu’on fait ensemble, mon bien-être et ma sécurité vont être la priorité du commerçant ». C’est pour ça qu’en dehors des contraintes réglementaires et juridiques qu’on connaît tous, on ne doit pas uniquement faire ça dans la peur du gendarme, mais surtout dans le respect de son client.

 

Donc finalement est-ce que les machines et les hommes sont faits pour s’entendre ou se faire la guerre ?

Il n’y a pas le choix, déjà il suffit de s’intéresser un tout petit peu à l’être humain, sans parler des machines, pour se rendre compte que des formes d’intelligences chez l’être humain, il y en a des très diverses. Si on veut être bon dans une équipe, il va falloir faire travailler ensemble des formes d’intelligences extrêmement variées. Chez la machine, il y a moins de variété. La machine est capable de faire des choses assez extraordinaires. Tout ceci doit fonctionner ensemble, on ne peut pas remplacer totalement les relations entre un client et un commerçant, un client et son fournisseur par la machine. Ça ne fonctionne pas et ça ne fonctionnera jamais je pense.

 

Pour conclure est-ce que tu aurais une citation ?

J’ai une citation qui m’est chère et de mémoire j’ai dû la mettre sur mon profil LinkedIn, c’est une citation d’Henri Ford, fondateur des automobiles Ford qui a écrit il y a déjà très longtemps que : « Ce n’est pas l’entreprise qui paie les salaires mais c’est le client ».

 

 

Découvrez les autres épisodes de How I met your Algo :

Podcast How I met your Algo