Par Stéphane Amarsy,
Président du Board Splio + D-AIM

Progrès de la robotisation, Big Data, intelligence artificielle, digitalisation… Les technologies impactent/impacteront bon nombre de secteurs d’activité et en accélèrent la mutation. Un des enjeux clé est la question de la place de l’humain.

En plus de leur nombre en forte augmentation, ils ont surtout développé des compétences jusqu’alors propres aux humains. Dotés d’une intelligence artificielle, d’une capacité d’auto-apprentissage et de la maîtrise du langage, les robots, qu’ils soient physiques ou virtuels, pourront s’adapter à leur environnement avec une polyvalence inégalée. Un panel de scientifiques pense même que les robots seront plus intelligents que les humains dans moins de 20 ans.

 

 

Tous les secteurs d’activité et tous les métiers, même les plus qualifiés, sont potentiellement concernés. Même s’ils sont encore imparfaits, les premiers robots spécialisés dans la relation client – robots-hôtes, robots-vendeurs – font beaucoup parler d’eux. Dans le domaine de la santé, on estime que 60% des hôpitaux mondiaux auront intégré des systèmes d’intelligence artificielle d’ici 2025. Comme toute nouveauté, l’automatisation porte en elle de formidables opportunités mais le potentiel de ces technologies reste à explorer. Le champ des possibles est immense. Charge à nous de définir quelle sera la place de l’humain.

 

Un des principaux défis est celui de l’emploi.

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Il est central et essentiel bien que particulièrement difficile à anticiper. En février 2021, le McKinsey Global Institute a prévu que 49 millions soit 27% de la population active des USA allaient perdre leur emploi d’ici 2030 en raison de l’automatisation. En 2017, ils l’évaluaient à 39 millions. Cette hausse s’explique par les bouleversements économiques engendrés par la Covid-19.

Historiquement, c’est durant les périodes de récession que les entreprises ont tendance à remplacer les employés qu’elles licencient par des machines. Toutefois, une lecture approfondie des études qui prédisent une perte d’emploi due à l’automatisation montre que les raisons de s’alarmer sont moins évidentes.

Globalement, les robots ne vont pas prendre votre travail en tout cas, pas tout de suite. Pour commencer, il y a une énorme différence entre «robot» et «automatisation». C’est une distinction qui importe, parce que l’automatisation est omniprésente.

Au cours des 150 dernières années, tous les pays dit « développés » sont passés d’un pays de fermiers à un pays d’ouvriers, pour devenir in fine un pays de cols blancs et d’employés. Une grande partie de ces changements est la résultante de l’automatisation du travail. Toutefois, il n’y a jamais eu de pénurie chronique et structurelle d’emplois à l’échelle nationale en dehors de périodes particulières. Les nouvelles inventions créent de nouveaux marchés et, avec eux, de nouveaux emplois.

Le scénario catastrophe d’un chômage massif repose sur l’hypothèse que la prochaine vague d’automatisation technologique sera différente des précédentes : l’intelligence artificielle avance plus vite que la nécessaire transformation des emplois.

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Le grand bruit autour des prédictions de pertes d’emplois du fait de la robotisation remonte à 2013. Deux chercheurs de l’université d’Oxford estimaient que 47% des emplois américains étaient «à risque» d’être informatisés. Cette étude fut très largement citée. Un groupe d’experts avait étudié 70 professions décomposées en une dizaine de tâches et compétences différentes. Chaque tâche avait ensuite été évaluée sur la possibilité, ou non, de l’automatiser, en tenant compte des dernières avancées technologiques, d’immenses quantités de données à disposition et des futurs progrès techniques qui n’avaient pas encore eu lieu. Ils ont pu ainsi écrire un algorithme capable d’analyser automatiquement des centaines métiers. « A risque » d’être automatisée ne voulait pas dire « menacée par l’automatisation ». Cela voulait seulement dire qu’une profession pourrait l’être (en théorie) si quelqu’un ayant accès aux dernières innovations en intelligence artificielle avait assez de temps et d’argent pour aller au bout d’un tel projet. Cela fait une grande différence !

Or dans le récent rapport de McKinsey tout ceci est pris en compte : estimation du coût de développement de nouvelles technologies d’automatisation, coût du travail qu’elles remplaceraient et le temps nécessaire à une généralisation.

C’est pour cette raison que son estimation de la disparition de certains emplois se monte à 27% des emplois et non 47%.

Mais attention, il ne s’agit pas d’une perte d’emploi « sèche » :  sur les 49,1 millions de personnes qui verront leur emploi remplacé par l’automatisation, 32 millions conserveront le même type de métier et 2,2 millions demeureront dans la même catégorie professionnelle. Donc par différence, le nombre d’emplois réellement détruits sera de 14,9 millions. Soit 9%, et non 27%. Néanmoins, une perte d’emplois de 9%, c’est encore beaucoup !

L’automatisation est donc plus susceptible de modifier les emplois que de les faire disparaître. Les machines effectueront une part croissante de tâches de routine, ennuyeuses, calculatoires et les travailleurs se mettront à effectuer des tâches plus humaines.

Les prévisions concernant les pertes d’emplois dues à l’automatisation sont basées sur un enchevêtrement de prédictions interdépendantes qui pourraient ne pas se réaliser. Il y a cinq ans, on pensait voir les taxis et les camions de marchandises robots se généraliser. Pourtant, nous en sommes toujours au même point aujourd’hui. Même les tâches les plus simples, qui sont au cœur de la plupart des scénarios prédisant les pertes d’emplois dues aux machines, peuvent s’avérer terriblement difficiles à automatiser.

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Cela ne veut surtout pas dire que l’avenir est sans danger pour l’emploi car les robots physiques ou virtuels sont bien plus performants que nous pour certaines tâches. Se baser sur le passé n’est pas suffisant du fait de l’incroyable rupture qu’amène l’intelligence artificielle. Nous avons tous tendance à surestimer la vitesse des changements et à sous-estimer leur ampleur ce qui rend les prédictions complexes et souvent fausses. La responsabilité des entreprises est double : innover pour inventer les produits et services porteurs de valeur dans le futur, et accompagner leurs collaborateurs dans ces transformations. Ces évolutions technologiques sont aussi une chance pour les entreprises de se réorganiser en profitant pleinement de la réelle valeur ajoutée des humains. L’automatisation va donc avoir des impacts sur notre travail au quotidien en imposant une collaboration entre humains et algorithmes.

Cette évolution posera cependant des questions inédites aux employeurs : Comment manager les collaborateurs ? Comment définir les responsabilités ? Comment évaluer des collaborateurs qui se compareront désormais aux performances de super-machines ? Comme lors des dernières périodes de transformation économique, l’utilisation de l’IA va déclencher de nouveaux niveaux de productivité, accroître les possibilités dans nos vies personnelles et professionnelles et poser des questions existentielles sur la relation ancestrale entre l’homme et la machine. Mais comme Internet dans les années 90, l’IA va également améliorer les emplois existants et en créer de nouveaux. Nous devons nous y adapter maintenant en fournissant une formation aux emplois de demain et protéger ceux qui vont se laisser distancer.